
Gurvinder Garcha, survivante du cancer colorectal
En l’an 2000, à l’âge de 34 ans, le monde de ma mère a été bouleversé par un diagnostic de cancer colorectal. Au moment de son diagnostic, elle était une femme jeune et dynamique, mère de trois enfants âgés de 8, 10 et 11 ans. À une époque où sa vie était pleine d’incertitudes, la seule certitude était qu’elle devait se battre pour sa vie, pour ses enfants. Le courage, la bravoure et la résilience dont elle a fait preuve étaient dignes d’admiration. Après vingt ans de rémission, pour la première fois, elle a décidé de partager son histoire publiquement. Elle s’appelle Gurvinder, et voici l’histoire de ma mère, une divine combattante du cancer!
LE DIAGNOSTIC + LE TRAITMENT
L’année 2000 avait mal démarré pour notre famille, mais nous étions loin de nous douter qu’une tempête encore plus éprouvante se cachait à l’horizon. Une tempête qui allait bouleverser nos vies à tout jamais. Cette tempête était le cancer colorectal.

Ma mère était une jeune maman de trois enfants, active et en bonne santé, sans antécédents médicaux particuliers. Ainsi, en avril 2000, lorsqu’elle a commencé à remarquer des anomalies dans ses selles, elle s’est inquiétée. Préoccupée par le sang visible dans ses selles, elle a pris rendez-vous avec son médecin de famille qui l’a envoyée faire des examens complémentaires. Les premiers tests, qui comprenaient un lavement baryté et une analyse des selles, n’ont pas été concluants. Cependant, afin de s’assurer que les symptômes étaient bien considérés, son médecin de famille l’a envoyée chez un gastroentérologue. Ce dernier a confirmé l’avis de son médecin de famille et l’a soumise à des tests supplémentaires. Elle a passé une colonoscopie en mai 2000 qui a révélé une lésion d’apparence maligne. Elle a subi une intervention chirurgicale au début du mois de juin 2000 pour faire l’ablation de la tumeur. La pathologie a révélé qu’il s’agissait d’un adénocarcinome de stade 2 infiltré dans la muscularis propria. Sept des huit ganglions lymphatiques prélevés présentaient une tumeur métastatique. À la suite de ce diagnostic, elle a subi de multiples séances de chimiothérapie au cours des mois qui suivaient. Son dernier traitement de chimiothérapie a eu lieu en décembre 2000.
Ma mère a été opérée à l’hôpital commémoratif de Surrey (Surrey Memorial Hospital) et a reçu une chimiothérapie au sein de l’Agence du Cancer de la CB (BC Cancer Agency) à Surrey. Du moment où elle a commencé à présenter des symptômes, jusqu’à son diagnostic final et même jusqu’à la fin de son traitement, elle s’est toujours sentie très soutenue par son équipe médicale. Le traitement qu’elle a reçu à l’époque était très efficace. Tout le monde à l’Agence du cancer de la CB, allant des réceptionnistes aux infirmières en passant par les médecins, lui a apporté beaucoup de soutien tout le long du parcours de sa maladie. Ils étaient très empathiques et attentifs à ses besoins émotionnels et physiques.
Un moment mémorable pour elle demeure être le jour où elle a entendu certains commentaires prononcés par son oncologue, le Dr Noris. Elle lui a demandé : « Pourquoi ai-je eu ce cancer ? Je n’ai pas d’antécédents médicaux personnels ou familiaux. Pourquoi moi ? ». Elle se souvient encore aujourd’hui de ce qu’il lui a répondu. Il lui a dit : « Ne pensez pas comme ça, pensez plutôt que vois êtes en train de sauver la vie d’un membre de votre famille en obtenant ce diagnostic. Maintenant votre famille est sensibilisée à ce problème pour maintenant et à l’avenir. » Ces mots ont ajouté beaucoup de force à son courage pour lutter contre le cancer.
Les souvenirs de ces neuf mois de sa vie, depuis l’apparition des symptômes jusqu’à la fin de son traitement, sont flous dans sa mémoire. Lorsqu’elle repense à cette période, ses souvenirs sont vagues, mais sa motivation de continuer à se battre était toujours évidente. Même pendant son traitement, sa seule et unique préoccupation était toujours ses enfants.
COMPRENDRE SON DIAGNOSTIC
Lorsque ma mère a été diagnostiquée, elle n’avait jamais entendu parler du cancer colorectal. Elle n’avait même aucune idée de ce qu’était ce type de cancer ni de l’endroit où il se trouvait dans le corps. Elle ne disposait d’aucune ressource vers laquelle elle pouvait se tourner. Elle voulait en savoir plus sur ce qu’était cette maladie pour pouvoir comprendre ce qu’elle endurait, mais des ressources comme Google n’étaient pas encore disponibles à l’époque. Elle recevait des brochures en punjabi de l’Agence du cancer de la CB qui lui étaient utiles dans une certaine mesure. Elle continuait, cependant, de ne pas comprendre ce qu’était ce cancer qui faisait des ravages dans sa vie.
Elle se sentait, donc, très perdue, confuse et isolée. Cela fait de nombreuses années qu’elle endure le cancer et elle n’est toujours pas au courant des services qui sont disponibles aujourd’hui. Elle continue de plaidoyer afin d’obtenir plus de ressources en plusieurs autres langues comme le Punjabi, afin que les patients comme elle, pour qui l’anglais est une deuxième langue, soient mieux en mesure de comprendre leur diagnostic, leurs traitements et les épreuves auxquelles ils sont confrontés, dit-elle.
Ce n’est que bien des années plus tard qu’elle a enfin compris ce qu’était le cancer colorectal. En fait, ce n’est que récemment qu’elle a fait ressortir les rapports de ses anciens dossiers médicaux pour que je (sa fille) puisse faire des recherches plus approfondies sur le cancer dont elle était atteinte et sur son étendue. À l’époque, elle n’avait pas bien compris le diagnostic et ne se souvenait pas non plus de tout ce qui s’était passé.
À l’époque de son diagnostic, non seulement le cancer colorectal était peu connu, mais les recherches sur le sujet étaient très limitées. Ma mère ne se souvient pas clairement des détails, mais elle se rappelle vaguement qu’on lui avait dit que le taux de survie pour le cancer colorectal était très faible par rapport à ce qu’il est aujourd’hui. Le tout démontre à quel point la recherche et les traitements ont progressé.
BRISER LES STIGMATES CULTURELS + SUCITER UNE PRISE DE CONSCIENCE
Nous venons d’une famille traditionnelle d’Asie du Sud (Punjabi) et dans notre culture et notre communauté, le mot « cancer » est très stigmatisé. Les gens ne veulent même pas prononcer le mot « cancer », car il est perçu sous un angle très sombre et négatif. Pourtant, le cancer est une réalité, et nous sommes tenus d’en parler.

En raison de la stigmatisation, ma mère a choisi de ne partager son diagnostic qu’avec certains membres de sa famille. Ma mère dit qu’elle n’avait pas l’énergie ou la capacité de faire face à une telle négativité, car elle devait penser à ses trois jeunes enfants. Elle refusait de voir le cancer comme une sentence de mort. Son seul objectif était de se battre pour vaincre le cancer afin de pouvoir être présente pour ses enfants.
Pendant son traitement, elle était épuisée mentalement, émotionnellement et physiquement. Elle n’avait pas l’énergie de parler ou de s’engager avec qui que ce soit, surtout pendant les semaines de chimiothérapie.
Aujourd’hui, la communauté sud-asiatique est davantage sensibilisée au cancer, mais la sensibilisation au cancer colorectal est encore insuffisante. Pour dire la vérité, les gens ne veulent pas parler publiquement du cancer colorectal en raison de la région du corps où il se trouve et de la honte qui y est associée.
L’IMPACT SUR SES ENFANTS
Mes frères et sœurs et moi-même, nous avons ressenti un grand désarroi et étions très effrayés pendant l’épreuve du cancer de notre mère. Nous avons eu du mal à trouver les mots pour en parler et avons intériorisé les émotions et les sentiments qui surgissaient en nous.
Nous avons chacun compris, traité et intériorisé ce que nous vivions à notre manière. J’avais 10 ans à l’époque et si moi j’arrivais à bien comprendre ce qui se passait, il n’en allait pas de même pour ma jeune sœur, qui elle, n’en avait que 8. Mon frère aîné, qui avait 11 ans, a trouvé des moyens de supprimer ses émotions. Bien que nous soyons reconnaissants d’avoir eu le soutien de certains membres de la famille, nous n’avons pas reçu l’appui mental et émotionnel dont nous avions besoin à ce moment-là. Nous avons regardé notre mère se battre pour sa vie et bien que son courage et sa bravoure nous aient inspirés, nous avons été marqués émotionnellement par la souffrance qu’elle a dû endurer. Il ne fait aucun doute que cela a eu un impact sur nous trois, de diverses manières, dans les années qui ont suivi. Aucun d’entre nous, y compris notre mère, n’a reçu le soutien en santé mentale dont nous avions besoin pour traiter tout ce que nous avions à endurer.
Le cancer colorectal a dérobé mon enfance. Après avoir passé des années à réprimer mes émotions et à être en colère contre le cancer, j’ai finalement trouvé un moyen de canaliser mes émotions de manière positive. Pour moi, cela a été de m’impliquer dans diverses organisations liées au cancer en tant que leader bénévole pour sensibiliser et continuer à lutter contre le cancer.

Bien que notre mère soit en rémission depuis vingt ans, la peur est toujours bien réelle dans nos vies. Nous sommes tous adultes maintenant, mais la peur d’un diagnostic précoce est très réelle pour nous. Par conséquent, nous sommes tous conscients des symptômes et nous nous assurons de passer un test de dépistage régulièrement par le biais de coloscopies tous les cinq ans.
NOTRE ESPOIR
Vingt ans après son diagnostic, ma mère a finalement décidé de partager son histoire publiquement.
En ce faisant, elle espère sensibiliser la communauté sud-asiatique et la communauté en général au problème du cancer colorectal. Elle espère qu’en partageant son histoire, les gens se sentiront à l’aise d’en faire de même avec la leur. Elle sait qu’elle n’est pas la seule à avoir eu ou à avoir ce cancer. Elle est déterminée à faire comprendre aux autres patients qu’ils ne sont pas tout seuls. Même si son histoire ne touche qu’une ou deux personnes, mère aura le sentiment d’avoir contribué à la sensibilisation au cancer colorectal. Le seul souhait de ma mère est qu’aucune jeune mère n’ait à subir ce qu’elle a dû endurer.
Écrit par Jasmine Garcha, fille de Gurvinder Garcha, survivante du cancer colorectal, Surrey (Colombie-Britannique).

