L’histoire de Vanessa

« Le médecin aimerait vous parler », m’a dit l’infirmière. 

Je venais de me réveiller après une coloscopie, mais même dans mon état embrumé, je savais que c’était mauvais signe.  

Comme je m’y attendais, la nouvelle ne tarda pas à être annoncée . Nous avons trouvé une tumeur, et c’est un cancer. J’ai arrêté d’écouter après « cancer », et je n’ai pu reconstituer le reste de la conversation que plus tard, avec l’aide de mon mari, qui heureusement était dans la pièce avec moi.

Ce qui est drôle, c’est que le cancer est un vieil ami. J’ai fait mon doctorat dans la recherche sur le cancer du sein. Il fut un temps où je ne faisais que lire des articles sur le cancer, parler du cancer et mener des expériences pour mieux comprendre le cancer. Mais il s’avère que la thérapie d’exposition ne rend pas plus facile le fait de rejoindre la es 1 femme canadienne sur 19 qui développerra un cancer colorectal au cours de sa vie. Surtout à 38 ans. 

Quelques semaines plus tôt, j’étais en déplacement professionnel. Un après-midi, après une journée chargée en réunions, je suis allée aux toilettes et j’ai eu la selle la plus sanglante de ma vie. J’ai appelé mon amie avec qui j’avais prévu de dîner ce soir-là et je lui ai demandé de m’emmener aux urgences à la place. 

Les médecins m’ont examinée et m’ont recommandé de passer une coloscopie à mon retour chez moi. Pour être honnête, j’ai failli ne pas prendre rendez-vous pour la coloscopie. Les saignements avaient cessé au bout d’une journée. Je me suis rassurée en me disant que cet épisode pouvait avoir été causé par plusieurs facteurs. Cela pouvait être des hémorroïdes. C’était probablement des hémorroïdes.  

Mais une semaine après mon retour à la maison, j’ai de nouveau vu du sang. Pas autant que la première fois, mais suffisamment pour que je comprenne le message.

Aujourd’hui, près de trois mois se sont écoulés depuis l’intervention chirurgicale visant à retirer la tumeur et 13 cm de mon colon. Le cancer était au stade 1 et la chirurgie seule offre un très bon pronostic. Je me sens incroyablement chanceuse que nous ayons détecté le cancer à un stade précoce, que les examens aient révélé d’autres problèmes médicaux dont je ne présentais aucun symptôme, que je vive dans un endroit où je peux bénéficier d’excellents soins et que j’aie une famille et des amis aimants qui ont su apaiser mes angoisses et mes larmes avec patience et gentillesse.

Je sais que les choses auraient pu très facilement se passer différemment pour moi. Sans mes symptômes apparus inhabituellement tôt, le cancer aurait probablement été beaucoup plus avancé au moment du diagnostic. Au Canada, le dépistage ne commence qu’à l’âge de 50 ans pour les personnes présentant un risque moyen, alors que les taux de cancer colorectal chez les jeunes sont en augmentation depuis plusieurs décennies. Les pratiques de dépistage dans ce pays doivent être mises à jour pour tenir compte de cette réalité. Je ne peux m’empêcher de penser au nombre de personnes qui n’auront peut-être pas la chance de bénéficier d’un dépistage précoce comme moi.  

J’ai eu beaucoup de chance. Je compte faire tout mon possible pour rendre la pareille, notamment en étant l’amie bizarre et indiscrète qui vous pose des questions sur vos selles et vous pousse à faire une coloscopie. 

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