Prise en charge non chirurgicale suite à une thérapie néoadjuvante totale dans le cancer du rectum
Un récent essai clinique italien de phase II (NO-CUT), publié dans The Lancet Oncology, a évalué si certains patients atteints d’un cancer du rectum de stade II–III peuvent éviter la chirurgie en toute sécurité après une réponse complète au traitement initial. L’étude portait sur des patients présentant un sous-type tumoral fréquent appelé pMMR/MSS.
pMMR/MSS : réparation des mésappariements efficace / microsatellite stable, décrit un état « normal » des cellules cancéreuses, en particulier dans le cancer colorectal, où le système de réparation de l’ADN appelé « réparation des mésappariements » (MMR) fonctionne correctement, ce qui conduit à un ADN stable (« microsatellite stable ») et à moins de mutations par rapport aux tumeurs dMMR/MSI-H, qui entraînent souvent une mauvaise réponse à l’immunothérapie, mais un pronostic et une approche thérapeutique différents.
L’étude
Les 179 participants ont tous reçu une chimiothérapie et une radiothérapie avant toute intervention chirurgicale, dans le cadre d’une thérapie néoadjuvante totale. Après le traitement, deux approches ont été adoptées :
- Les patients chez qui le cancer semblait avoir complètement disparu ont fait l’objet d’une surveillance étroite sans chirurgie, selon une approche dite de « surveillance active ».
- Les patients présentant une maladie résiduelle ont, quant à eux, subi une intervention chirurgicale.
Les chercheurs cherchaient à déterminer si l’absence de chirurgie augmentait le risque de propagation du cancer vers d’autres parties du corps.
Principales conclusions
- 26 % des patients ont obtenu une réponse complète, leur permettant d’éviter une intervention chirurgicale.
- Après environ trois ans de suivi, 95 % des patients n’ayant pas subi de chirurgie ne présentaient aucune propagation du cancer à distance.
- Deux ans après le traitement, 83 % des patients du groupe sans chirurgie demeuraient exempts d’intervention chirurgicale.
- Le contrôle global de la maladie était comparable à celui observé chez les patients ayant subi une chirurgie.
Sécurité
- Environ 31 % des patients ont présenté des effets indésirables graves, le plus souvent de nature intestinale ou liés aux paramètres sanguins.
- Des complications graves ont été observées chez 17 % des patients, et 7 % ont dû interrompre le traitement de façon prématurée en raison des effets secondaires.
- Aucun décès lié au traitement n’a été rapporté.
Conclusion
Cette étude s’inscrit dans un corpus croissant de données probantes suggérant que certains patients atteints d’un cancer du rectum peuvent éviter une intervention chirurgicale en toute sécurité lorsqu’ils présentent une réponse complète au traitement initial. Cette approche pourrait :
- préserver la fonction intestinale normale ;
- réduire les effets secondaires à long terme ;
- maintenir un contrôle efficace de la maladie grâce à une surveillance étroite et rigoureuse.
Chez certains patients atteints d’un cancer du rectum de stade II ou III, une prise en charge reposant sur la chimiothérapie et la radiothérapie, suivies d’une surveillance attentive plutôt que d’une chirurgie immédiate, pourrait ainsi représenter une option thérapeutique sûre et efficace, offrant la possibilité de préserver la qualité de vie sans compromettre le contrôle du cancer.

